Bootleg Nylons is an article published in Reader’s Digest in February 1945. It tells about nylons in the black market during the years of War [english below].
Bootleg Nylons (Nylons de contrebande) est un article publié en 1945 par Reader’s Digest afin de sensibiliser la population aux dangers du marché noir. Illustré par deux histoires de contrebande, de petites affaires locales et les techniques croustillantes des trafiquants, je vous laisse déguster…
Photo of the original article published in 1945
Méfiez-vous du passant qui vous propose des bas “nylon”! Car ils n’en sont pas!
Pas un seul homme ne peut comprendre le pouvoir des bas nylon sur l’esprit, le coeur et la conscience des femmes. Mais un grand nombre d’hommes travaillent à exploiter cette faiblesse féminine.
Le meilleur exemple: l’Oncle Sam. Le seul et unique acheteur légal de bas nylon au monde est le gouvernement américain. Non, les bas ne sont pas “expédiés vers l’Islande à titre de prêt-bail” comme cela a été rapporté par une rumeur stupide qui s’est répandue dans les salles du Congrès. Ils accomplissent un cheminement bien plus sournois.
De l’autre côté de l’Atlantique, nos agents secrets ont découvert qu’une demi-douzaine de paires de bas pouvaient permettre de soutirer davantage d’ informations de la part de mystérieuses européennes et nord-africaines qu’une liasse de billets. Après tout, qu’est-ce que les femmes pourraient acheter dans les boutiques vides de l’Ancien Monde? Ainsi plusieurs manufactures qui n’avaient jamais produit de bas nylons jusqu’à Pearl Harbour reçurent des ordres substantiels de Washington; on leur fit savoir qu’ils obtiendraient le fil nécessaire. Agréablement surpris, les fabricants produisirent la marchandise – les seuls nylons légalement produits pendant des années.
Cependant, un nombre important d’américaines voulant des bas nylon à tout prix, au mépris de la loi et des besoins de nos soldats en fournitures à base de nylon, favorisent l’apparition d’un marché noir conséquent.
Treize caisses de nylon brut parties de l’usine Du Pont de Martinsville vers une fabrique de parachutes à Winston-Salem ont été volées dans une plateforme de fret à Greensboro. S’accommodant du prétexte léger selon lequel le nylon ainsi récupéré avaient été extrait d’une usine incendiée, deux fabricants en firent des bas nylon. Économisant le précieux fil autant que possible ils firent réaliser le pied et le revers en coton. Mais ces bas au rafistolage de fortune se vendirent à 5$ la paire aux contrebandiers, qui les revendirent 10$ à leurs clients, hommes et femmes, séduits pas le nom magique de “nylon”. Il y en avait pour 7800$ de nylon brut. On en a fait pour 140.000$ de bas nylon.
Le FBI et les agents de l’OPA* arrêtèrent trois hommes. L’un, ancien cadre d’une entreprise de transport fut condamné à 5000$ d’amende et à deux ans de prison. Les deux fabricants écopèrent de 12,000$ d’amende chacun et de 18 mois avec sursis. Les agents gouvernementaux saisirent 5000 paires de bas avant qu’elles ne soient écoulées. Celles-ci furent vendues sur ordre de la cour, au prix unique de 1,65 $ la paire dans le bureau du Marshall de Greensboro. La vente devait débuter à 10 heures du matin. La foule commença à faire la queue à 5 heures. Quand on ouvrit les portes, la colonne s’étendait en largeur sur quatre femmes de front et en longueur, sur 4 pâtés de maison. La moitié d’entre elles repartirent déçues.
Dans ce marché noir, il eut une machination encore plus perverse. Une manufacture de soie de Pennsylvanie obtint un contrat pour transformer du nylon brut en câbles de remorquage pour planeurs. Une partie du nylon brut fut systématiquement subtilisée et annotée comme “endommagé” dans les rapports au WPB**. Le nylon “endommagé” était acheminé vers trois manufactures de bas dont les dirigeants étaient dans le coup. Lorsque le FBI intervint, il trouva 10 320 paires de bas nylon dans une usine, 6500 paires inachevées dans une autre, et assez de fil pour fabriquer 36 000 paires dans la dernière. Quatre hommes furent interpelés.
La plupart des trafiquants du marché noir du nylon se font avoir de deux manières: ils payent des prix fantastiques et n’obtiennent jamais le nylon. Des voyageurs, et même des acheteurs professionnels censés mieux s’y connaître ont acheté du “nylon mexicain” en quantités industrielles. Certains utilisent des noms qui prêtent à confusion comme “carbonyl”. Des douzaines de paires ont été envoyées pour expertise au laboratoire du quartier général de L’Association Nationale des Bonnetiers. Il ne s’agit que de viscose. Vous pouvez en trouver dans n’importe quelle bonnèterie des États-Unis. Prix de vente: 1,25 $.
Une boutique de l’Omaha importa 1628 paires de ces “bas nylon” en toute bonne foi et en fit la publicité au prix de 2,25$ la paire + 1.85$ pour frais de douane. Le Bureau pour un Meilleur Commerce les fit analyser et put ainsi avertir le vendeur qu’il avait été trompé. Les bas furent retirés de la vente.
Les déboires de la société Van Raalte donnent une idée de ce à quoi ces voyous sont prêts. Des personnes se sont plaintes d’avoir acheté des bas dits “nylon” estampillés “Van Raalte” avec le nom et le sigle de la marque et, plus trompeur, la pointe du pied dessinée façon Van Raalte. Certaines victimes avaient acheté les contrefaçons au Mexique, d’autres à des revendeurs au noir aux USA. Mais il semble que toutes les imitations aient été fabriquées au Mexique. Le peu de nylon effectivement endommagé ou défectueux dans la production de l’effort de guerre est alloué aux fabricants de sous-vêtements, de brassières et de gaines -mais jamais aux fabricants de bas. Chaque revendeur devrait savoir qu’il y a mille occasions d’être pris. Lorsque George M. Toney écrivit à 1000 boutiques depuis une adresse en poste restante à Washington, proposant des bas nylon à 7,44$ les douze paires, il reçut des commandes pour plus de 2000$ par retour de courrier. Il ne pouvait y avoir de mystère au sujet de cet argent, car les agents de la poste ouvrirent son courrier…
Les trafiquants font preuve de peu d’originalité dans leurs ruses pour convaincre les acheteurs. Un chauffeur-livreur conduisant le véhicule d’une enseigne populaire arrête une femme dans la rue et lui annonce qu’on a mis des bas dans son camion par erreur. Elle peut les avoir à 5 ou 10$ la paire. Ou un colporteur se glisse dans le cabinet d’un docteur en prétextant une prise de rendez-vous. Il glisse “négligemment” dans la conversation le fait qu’il porte un paquet contenant des bas nylon pour sa femme, malheureusement ils ne sont pas à sa taille…Mais peut-être cela intéresserait-il quelqu’un? C’est typique du contrebandier cherchant à écouler ses stocks de bas dans des bureaux en centre-ville.
Mais les limites de la crédulité sont certainement franchies lorsque des gens achètent des comprimés, qui une fois dissolus dans l’eau vont “nyloniser” des bas de viscose. Un des plus gros fabricants de bas fit remarquer amèrement: “Si un chimiste possédait réellement une telle formule, il ne s’embêterait pas à grappiller 25 cts. Je lui donnerais tout de suite 5 millions de dollars pour l’avoir”.
Après la guerre il y aura des bas nylon plus fins, plus transparents, plus solides, plus beaux que jamais. Les machines pour les produire sont en cours de réalisation. Mais tant que durera la guerre, l’Armée et la Marine auront besoin de chaque gramme de nylon. Il n’y en aura pas pour fabriquer des bas sauf s’il vient à être volé. Et il y en aura peu. Alors, mesdames, ne soyez pas dupes.
- OPA: Office of Price Administration, le bureau chargé de réguler les prix pendant la guerre
- *WBP: War production Board, l’agence de l’effort de guerre
Source: The Lemelson Center
Watch out for the fellow who offers to sell you “nylon” hosiery! There isn’t any.
No mere man can fully understand the power of nylon stockings over women’s minds, hearts, and consciences. But a lot of men are busy exploiting this feminine weakness.
Foremost example: Uncle Sam. The only legitimate purchaser of nylon hosiery in the world is the U.S. Government. No, the stockings aren’t “sent to Iceland on lend-lease,” as reported in a silly story that was repeated on the floor of Congress. They travel a much more devious route.
Our secret agents overseas discovered that a half dozen pairs of sheer nylons would buy more information from certain mysterious women in Europe and North Africa than a fistful of money. After all, what could the ladies buy with money in the empty shops of the Old World? So several large hosiery mills, which had made no nylons since Pearl Harbor, received substantial orders from Washington; the necessary yarn, they were informed, would be available. Pleasantly surprised, they turned out the merchandise — the only nylons legitimately manufactured in years.
Nevertheless, enough American women want nylon stockings at any price, in contempt of law, and with callous indifference to our soldiers’ needs for other nylon goods, to support a sizable black market. It is some satisfaction to record that the black market operators give the women a merciless stinging…(more on the author’s page)







wow thanks for that, great info!
Je me distrais pendant ma pause déjeuner en lisant tes archives : une vraie mine d’or ! J’aime particulièrement “nos agents secrets ont découvert qu’une demi-douzaine de paires de bas pouvaient permettre de soutirer davantage d’ informations de la part de mystérieuses européennes et nord-africaines qu’une liasse de billets”
et qui d’ailleurs sert l’intrigue centrale du film Silk Stockings avec Cyd Charisse! J’aime aussi beaucoup le ton des journalistes à cette époque là, cela me fait toujours rire: très orienté et subjectif. On imagine mal la même chose de nos jours!
is there any information about sale of nylons by gene shops….new york city and baltimore…they had legitimate nylons right from oakbrook hosiery mills…lines went all around the corner on 42nd street in nyc